logo

Tracassin le marcassin

NewsletterFeuilleter arrow

Dans ma fôret enchantée

Dans ma fôret enchantée

Perla-saperli-pimpin, la marguerite guettera, le coquelicot coquetera et à la pleine lune, poindra malin le nez d’un lutin.

 

L’histoire que je vais vous raconter ce soir, je la tiens de mon grand-père qui la tenait lui-même de mon arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière arrière grand-père… Bon, vous avez compris, cette histoire est vieille comme le monde, vieille comme ce bon vieux rocher de granit sur lequel je suis assis pour vous la raconter, et la voici :

 

Chers petits amis, ouvrez le palais féerique de vos oreilles car Filipin le lutin va vous conter des merveilles…

 

Tracassin le marcassin

 

Le jour n’était pas encore levé dans la « Bauge des Hauts Fourrés » et Tracassin le marcassin dormait blotti bien au chaud au milieu de la harde, près de la tête de sa petite sœur, contre le ventre de son papa Robustin et les fesses de son petit frère. Il rêvait qu’il mangeait des glands géants et que son papa le sermonnait.

 

— Cesse de manger tout le temps Tracassin, tu vas finir par rouler comme le tonneau de vin de cerises de Feufolin. Ta gourmandise te perdra. Elle me cause tant de tracas, mon Tracassin !

 

Une merveilleuse odeur le sortit de son rêve. Nez au vent, il renifla :

 

— Hummm, petit cèpe des bois, encore meilleur que des glands, attends-moi, j’arrive !

 

Aussi délicatement que possible, le marcassin essaya de se libérer de ce joyeux pêle-mêle de pattes et de groins sans réveiller les ronfleurs. Il était presque sorti de la bauge quand il marcha sur l’oreille de sa sœur qui couina un bon coup. Elle lui mordit le pied puis changea de côté et ronfla de plus belle.

 

Il partit en boitillant dans la brume matinale. Il dilatait ses naseaux pour humer cette bonne odeur poivrée, légèrement camphrée qui flottait dans le bois. Il ne fut pas long mes petits amis, avec son bon groin et ses mirettes nocturnes, à trouver le joli champignon au gros chapeau qui sentait si bon. Les petits yeux du marcassin brillaient de convoitise et le champignon s’y reflétait comme dans des flaques d’eau.

 

— Ah te voilà, petit cèpe des bois ! Oh, tout ça pour moi, rien que pour moi !

 

Il le renâcla, tournicotant sa petite queue de plaisir :

 

— huuummm, comme je vais me régaler !

 

Et sans trop de manières, il avala le champignon d’une seule bouchée, et gloups !

 

— Miam ! Délicieux, savoureux, exquis ! Oh, en voilà un autre ? se dit-il en retroussant son groin comme une chaussette pour renifler l’effluve lointaine.

 

Il se remit en chasse, suivant l’odeur à la trace, en agitant ses oreilles dans tous les sens. Il découvrit dans la mousse un magnifique cercle de champignons trapus couleur miel : des pieds de mouton ! Il y en avait une dizaine, peut-être plus. Tracassin ne savait pas compter. Ce qui lui importait, c’était de manger.

 

— Quelle chance ce matin, tout ça pour moi, rien que pour moi ! Miam ! répétait-il en faisant des petits moulinets avec sa queue.

 

Et sans se soucier de son ventre qui gonflait ni de ses petites rayures qui se dilataient, il dévora d’un trait le bouquet de petits champignons à la chair croquante.

 

Dans le lointain, Tracassin entendit la douce musique de Soraya qui s’élevait dans le vent. Le ciel rosit et la nuit se dissipa entre les arbres.

 

Le petit marcassin se dit qu’il était certainement temps de rentrer rejoindre sa harde avant que toute la famille se réveille et que Robustin son papa le gronde.

 

Trottinant, il retourna sur ses pas mais réalisa bien vite qu’il était perdu dans la forêt. Il espéra rencontrer Pious et Youps qui s’aventuraient souvent par ici, loin de la place du grand Chêne.

 

— Ils m’aideront à retrouver mon chemin, pensa-t-il, ils connaissent bien la forêt à force de l’explorer.

 

Et il appela dans le brouillard épais : Pious, Youps… Mais il ne reçut pour toute réponse que les ricochets de sa voix, écho effrayant de sa solitude. S’il ne retrouvait pas la chaleur de sa harde avant la nuit, il serait transi de froid tout seul dans la forêt. Tracassin regretta sa gourmandise.

 

Toujours clopinant, il accélérait le pas, tournait entre les arbres, contournait les fourrés, s’engageait sur des sentiers, mais ne reconnaissait rien et la brume s’épaississait. Il avait la sensation désagréable de se rapprocher des collines de Chateaunoir, le territoire de Mordrabouc, plutôt que de la « Bauge des Hauts Fourrés ».

 

L’angoisse lui noua l’estomac et son ventre se tordit de douleur. Pétrifiée, sa petite queue aux longs pinceaux de soie se raidit, et tout virevolta dans sa tête. De la brume s’élevèrent des rires rauques.

 

— Mordrabouc ! C’est le rire de Mordrabouc, balbutia-t-il en sueur.

 

Son cœur palpitait de plus en plus fort. Ses petits yeux clairs voyaient trouble.

 

Soudain sept petits nains noirs surgirent de la brume et se mirent à tourner autour de lui en chantant.

 

— Les champignons ça fait tourner les boyaux et le ciboulot, point trop n’en faut !

 

Et le rire de Mordrabouc reprit de plus belle. Dans le brouillard épais, Tracasssin crut voir un dragon à tête de bouc flotter devant lui. Terrifié, il oublia son mal de ventre et son pied douloureux. Sans se retourner pour voir si Mordrabouc et ses sept nains noirs le poursuivaient, il détala à toute vitesse.

 

Tout à coup, il entendit la voix zozoteuse de Feufolin pas content du tout :

 

— Fais donc attenzion Tracassin, tu as failli m’écraser comme un sampignon !

 

Les fesses dans une grosse flaque d’eau, Feufolin essayait de se remettre debout. Tracassin freina des quatre fers et revint sur ses pas.

 

— Vite Feufolin, fuyons, Mordrabouc est à mes trousses !

 

Le nain se releva, le pantalon trempé et la barbe dégoulinante. Il fronça ses deux gros sourcils en direction du marcassin :

 

— Toi tu as encore manzé trop de sampignons sans dire merci. Ca te tourne les boyaux et le ciboulot. Après tu as des hallucinations et tu renverses tout sur ton passaze !

 

— Comment tu sais pour les champignons, Feufolin ?

 

Il se souvint tout à coup qu’il avait mal au ventre et se tortilla dans tous les sens, agitant nerveusement sa petite queue aux longs pinceaux de soie.

 

— Aïe, j’ai mal à l’estomac et au pied, ma sœur m’a mordu, en plus je suis perdu… Je ne retrouve plus la Bauge des Hauts Fourrés, se plaignit-il.

 

— Ze suis désolé Tracassin, ze ne connais pas la « Bauze des Hauts Fourrés », la forêt est grande. Viens avec moi, ze vais te donner quelque zose pour ton estomac mais la prossaine fois, manze ce dont tu as bezoin, pas plus. Et si tu dis merci à l’esprit de la forêt, tu seras protézé des danzers. Cela aussi ze te l’ai déza dit.

 

La tête basse, clopin-clopant, Tracassin suivit Feufolin jusqu’à sa maisonnette en forme de champignon. Il s’immobilisa et s’écria :

 

— Hummm, un cèpe des bois géant ! Attends-moi, j’arr…

 

Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Il s’évanouit, roula par terre comme un petit tonneau et ses deux petits iris quittèrent les flaques d’eau de ses yeux.

 

Par mon chapeau de lutin, je vois qu’il fait nuit noire et qu’il est temps mes petits amis d’aller dormir.

 

Je vous raconterai la prochaine fois comment Tracassin retrouva le chemin de la « Bauge des Hauts Fourrés » et comment il gagna en sagesse au fil de ses rencontres.

 

Je vous donne rendez-vous sur ce rocher à la lune ronde du mois de novembre. Je tintinnabulerai de nouveau ces boules de vieux lierre pour vous appeler.

 

Texte de Nathalie Valette
Illustration Célia Portail
Copyright Le journal de Fanette et Filipin, exploitation et reproduction interdites

 

**********

 

Pour ne pas manquer la prochaine histoire, inscrivez-vous à la newsletter !

 

Pour une lecture plus facile et plus conviviale de ces récits, imprimez-les et collez-les dans un grand cahier que les enfants pourront illustrer.

 

Et retrouvez-moi au champ des saisons, dans le Journal de Fanette et Filipin pour d’autres aventures aux allures du lutin-malin ! Perla-pimpin !

 

Télécharger l'histoire
newsletter

S'inscrire à la newsletter

S'inscrire à la newsletter

Chers parents, si vous souhaitez recevoir des nouvelles de Fanette et Filipin, inscrivez-vous !