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Tracassin le marcassin (suite)

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Dans ma fôret enchantée

Dans ma fôret enchantée

Perla-saperli-pimpin, la châtaigne chatouillera, la feuille frêle craquera, et sous l’œil géant de cette lune lumineuse, poindra malin le nez d’un lutin.

 

L’histoire que je vais vous raconter ce soir, je la tiens de mon grand-père qui la tenait lui-même de mon arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière arrière grand-père… Bon, vous avez compris, cette histoire est vieille comme le monde, vieille comme ce bon vieux rocher de granit sur lequel je suis assis pour vous la raconter, et la voici :

 

Chers petits amis, ouvrez le palais féerique de vos oreilles car Filipin le lutin va vous conter des merveilles…

 

 

Tracassin le marcassin (suite)

 

 

Tracassin n’eut pas le temps de finir sa phrase : ses deux iris se noyèrent dans les flaques d’eau de ses yeux. Les jambes ramollies, il roula au sol comme un petit tonneau.
Feufolin se retourna :

 

— Par les rayons de Rotan, vite du vin de cerise !

 

Il se précipita vers le fût de vin avec un godet. D’une main il pinça le groin du marcassin, appuya avec le pied sur la mâchoire, et versa un filet de vin sur la langue pâteuse de l’autre main.

 

Tracassin se réveilla d’un bond, regarda autour de lui et parut étonné de se trouver là.

 

— Où suis-je ? Où sont mon papa, ma maman, ma famille ?

 

— Rassure-toi Tracassin, tu as manzé trop de sampignons et tu t’es évanoui.

 

— Évanoui ? Que racontes-tu ? Je ne me souviens de rien…

 

Feufolin sourit. Il se dirigea silencieusement vers sa maisonnette pour interroger le feu magique. Il fallait maintenant retrouver la Bauge des Hauts Fourrés. Tracassin voulut le suivre mais son pied vrilla et il ne put le poser par terre. La mémoire lui revint tout à coup.

 

— Croquassine ! C’est ma petite sœur qui m’a mordu, elle croque tout !

 

Le nain manipula le pied et annonça :

 

— Trois zours de repos sans bouzer.

 

— C’est impossible Feufolin, mon papa Robustin va se faire du tracas pour moi.

 

— Trois zours sans bouzer z’ai dit !

 

Tracassin marmonna :

 

— J’aurais dû écouter Croquassine et rester au milieu de ma harde, c’était un signe.

 

Il suivit Feufolin en sautillant sur trois pattes. Le nain l’installa bien au chaud près de la cheminée et fut aux petits soins pour lui. Il lui fit un cataplasme d’argile, lui apporta un repas frugal, faînes, racines de plantes et vin de cerises. Puis il lui raconta comment il était arrivé dans la forêt de Sylvaya il y a près de 200 ans et comment par une nuit d’étoiles filantes, sous la lueur de Vénus, Soraya et toutes les fées de la forêt, lui étaient apparues.

 

Quand Tracassin put à nouveau poser le pied au sol, il connaissait toute l’histoire de Feufolin et il ne voulait plus partir.

 

— Feufolin, raconte-moi encore, l’histoire du lapin d’argent !

 

— Une autre fois Tracassin, tu dois rentrer à la Bauze maintenant.

 

Feufolin déposa une grosse bûche dans l’âtre en chuchotant une formule secrète. Tracassin, hélas, ne réussit pas à en saisir un mot. Aussitôt, les flammes se mirent à crépiter et répandirent une chaleur ardente dans la pièce. Elles montèrent jusqu’au plafond. Tracassin recula, inquiet, et observa la paille du toit.

 

— Aucun danzer mon petit, rassura le nain, la paille est bien tressée, elle est dure comme la pierre.

 

— Aucun danger pour la paille, reprit le marcassin, mais pas pour ta barbe Feufolin, se tire-bouchonna-t-il.

 

Une odeur de roussi chatouilla les narines de Feufolin. Il secoua sa barbiche en soufflant sur les petites étincelles qui grillaient les poils.

 

— Ze sais Barbisse, ze dois d’avantaze prendre soin de toi ! observa Feufolin tout à fait serein.

 

Quand la bûche se fut consumée, les braises rougeoyèrent comme un amas de pierres précieuses et un plan précis apparut avec des flèches, des sentiers, les méandres de la rivière et même la source sacrée de Belladouria.

 

— Tu es un magicien Feufolin, un vrai magicien !

 

Tracassin prit le temps de bien observer le plan jusqu’à ce qu’il s’efface complètement. Il remercia le nain et partit bien vite. Le jour se levait à peine.

 

Feufolin courut derrière lui pour l’accompagner mais il mit le pied sur le bout de sa barbe et il s’étala sur un lit de bogues de châtaignes qui semblait être disposé là pour lui.

 

— Ze sais Barbisse, ze doit être plus présent à moi-même ! Ouille ouille ouille, ça pique !

 

Il se releva et démêla une à une les bogues emberlificotées dans sa barbe.

 

Tracassin s’engagea dans le chemin de l’Arbre Doré qu’il aperçut tout au fond. C’était la première fois qu’il le voyait. Il était tout recouvert d’or et était bien plus beau que ce que Robustin lui avait raconté. Étincelant dans la brume du petit matin, ses branches largement déployées, il ressemblait à une statue d’or. Assise à son pied, Soraya resplendissait sous son éclat lumineux.
Tracassin se cacha pour mieux écouter cette musique qu’il entendait d’habitude de si loin. Elle était si douce à ses oreilles qu’il se laissa bercer de tendresse. Et Rotan se leva. Ses premiers rayons chatouillèrent les feuilles vermeilles pour réveiller leurs couleurs.

 

Tout émerveillé, le petit marcassin fit un détour pour ne pas déranger la fée. Il n’aurait pas su quoi lui dire, il se sentait un peu bête avec son ventre tout rond et ses bonnes joues.
Quand il fila sur le sentier des Bois Clairs, il évita de justesse le trou que Loufi le loir avait creusé. Il avançait le regard perdu dans la luisance des couleurs de l’automne.

 

— Aïe, s’écria Spiron qui se promenait en regardant de l’autre côté, tu as marché sur ma queue.

 

— Je suis désolé, joli hérisson.

 

— Joli hérisson m’appelles-tu ? C’est rigolo, mais je suis Spiron, voyons !

 

— Spiron voyons ? Je ne vous connais pas.

 

— Tracassin voyons, tu raffolais de ma gelée de genévrier et de ma soupe de vers de terre !

 

— Grognon ? C’est toi ? Que t’est-il arrivé ? Tes pics ressemblent aux rayons de Rotan, et cette spirale qu’est-ce que c’est ?
Spiron fut content de lui raconter son aventure en marchant.

 

— Regarde maintenant comme je cours vite, dit-il en déliant ses petites pattes agiles.

 

Et il fila à vive allure sur les feuilles mortes, au grand étonnement de Tracassin qui ne réussit pas à le suivre. Le marcassin s’arrêta net en découvrant un tapis de glands gigantesques.

 

— Oh, des glands géants, comme dans mes rêves ! s’exclama-t-il en tournicotant sa petite queue, signe de gourmandise. Tout ça pour moi ? Rien que pour moi ?

 

Il s’apprêtait à se jeter dessus quand Spiron l’arrêta brusquement :

 

— Stop ! Que se passe-t-il en toi quand tu regardes ce tapis de glands ?

 

Le marcassin s’arrêta.

 

— Ce qu’il se passe en moi ? J’ai envie de tout manger pardi !

 

— As-tu faim ? insista le hérisson.

 

Tracassin fut perturbé par la question.

 

— Faim ? Eh bien non en fait ! Je n’ai pas vraiment faim, dit-il en écoutant bien son ventre.

 

Sa gourmandise disparut comme par enchantement.

 

— Merci Spiron, lança le marcassin la voix sereine.

 

Il s’approcha calmement du lit de glands géants, la petite queue tranquille. Apaisé, il eut même envie de remercier le grand chêne. La saveur douce et délicieuse des glands le surprit. Il n’en mangea que quatre, pas un de plus. Puis il s’élança derrière son ami qui avait repris sa course joueuse.

 

— Ça alors regarde ! Je cours presque aussi vite que toi maintenant, s’étonna Tracassin qui se sentait léger comme un écureuil.

 

Ils jouèrent longtemps à travers bois. Le soleil descendit dans la forêt et sa lumière filtra à travers les feuilles des châtaigniers.

 

— Déjà ! s’exclama Tracassin qui avait oublié sa famille et le plan de Feufolin.

 

A ce moment-là, Pious et Youps rentrèrent de promenade. Tracassin leur demanda de l’aide.

 

— D’accord Tracassin mais j’espère que tu cours vite, répondit Pious.

 

— Car nous allons foncer, continua Youps.

 

— Nous devons être de retour à la grand place avant la nuit noire, terminèrent-ils ensemble.

 

Ils fendirent l’air et Tracassin courut derrière eux aussi vite qu’il put. Ils rejoignirent la rivière aux fées, passèrent devant la source sacrée de Belladouria où Chimérya l’araignée des songes baillait au centre de sa toile, dans le coucher du soleil. Ils contournèrent les buissons de buis jaune, prirent le sentier des grands peupliers et arrivèrent enfin près des chênes tortueux, en face de la Bauge des Hauts Fourrés.

 

— Tu es arrivé ! annoncèrent les oiseaux avant de repartir à tire-d’aile.

 

Tracassin était encore tout essoufflé quand Robustin son papa s’approcha de lui. Il baissa la tête de peur de se faire gronder, mais son papa lui frotta affectueusement le groin.

 

— Tu as fait une bonne promenade ?

 

— Oui papa, et j’ai vu l’arbre doré ! Comme il est grand ! Maintenant je vais bien m’écouter papa et manger point trop n’en faut, c’est promis !
Robustin vit une nouvelle lumière briller dans les yeux de son petit.

 

— Désormais, tu t’appelleras Sagassin. Que cette sagesse t’apporte la paix mon petit.

 

Par mon chapeau de lutin, je vois qu’il fait nuit noire et qu’il est temps mes petits amis d’aller dormir.

 

Je vous raconterai la prochaine fois la disparition de Soraya qui inquiéta tant Pitch : Mordrabouc l’aurait-il enlevée ?

 

Je vous attends sur ce rocher à la lune brune du mois de novembre. Je tintinnabulerai quelques boules de houx pour vous appeler.

 

 

 

Texte de Nathalie Valette
Illustration Célia Portail
Copyright Le journal de Fanette et Filipin, exploitation et reproduction interdites

 

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Et retrouvez-moi au champ des saisons, dans le Journal de Fanette et Filipin pour d’autres aventures aux allures du lutin-malin ! Perla-pimpin !

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