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Pitch et Soraya, l'aveu (suite)

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Dans ma fôret enchantée

Dans ma fôret enchantée

Perla-saperli-pimpin, l’arbre se défeuillera, la feuille frêle craquera, le nuage neigera, et à la lune ronde, poindra malin le nez d’un lutin.

 

L’histoire que je vais vous raconter ce soir, je la tiens de mon grand-père qui la tenait lui-même de mon arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière arrière grand-père… Bon, vous avez compris, cette histoire est vieille comme le monde, vieille comme ce bon vieux rocher de granit sur lequel je suis assis pour vous la raconter, et la voici :

 

Chers petits amis, ouvrez le palais féerique de vos oreilles car Filipin le lutin va vous conter des merveilles…

 

 

Pitch et Soraya, l’aveu

 

 

Pitch s’avança vers la toile d’argent de l’araignée, hypnotisé par la lumière blanche de ses prunelles. Étrangement, sa tête se mit à tourner, et son cœur se souleva. Sur le point de s’évanouir, il se cramponna à une branche d’arbre.

 

Il évita le regard de Chiméria et scruta l’obscurité dans la pluie battante. L’ombre immense qui se tenait près de la source se déplaça soudain vers lui, sans bruit. Elle était déjà au-dessus de sa tête. Rapide et agile, Pitch escalada la branche et s’y agrippa fermement. Un nuage se dissipa et dans la lumière de la lune apparut le visage de Soraya. La fée voletait au-dessus du petit elfe au visage terrifié.

 

— Pitch, que fais-tu perché dans cet arbre ? On dirait un écureuil, se moqua la fée.

 

— Soraya, enfin ! Tu vas bien ? demanda Pitch affolé.

 

— C’est moi qui devrais te poser cette question Pitch, tu as vu ta tête ? Que t’arrive-t-il ? s’amusa-t-elle en s’asseyant sur la branche à côté de lui.

 

Pitch la serra dans ses bras, soulagé.

 

— Enfin tu es là Soraya !

 

Il resta ainsi silencieux. La pluie cessa et un petit vent léger poussa les nuages dans le ciel sombre. La lune joua alors à cache-cache avec les nimbus. Tantôt elle éclairait les visages des deux amis, tantôt elle les voilait d’une mystérieuse obscurité.

 

Soraya regarda le petit elfe d’un air grave.

 

— Pitch, je t’ai fait venir en ce lieu magique pour te faire une demande importante, annonça-t-elle d’un ton sérieux.

 

Elle vola vers la source et s’agenouilla pour faire des petits ronds dans l’eau avec ses longs doigts. Pitch descendit et s’approcha, toujours silencieux. Il croisa à nouveau le regard de Chiméria, si perçant, si pur. Il lui semblait que derrière cette lumière blanche était caché un royaume secret, inconnu, dont il avait peur. Il baissa les yeux et admira les mains de la fée qui brillaient sous la toile d’argent de l’araignée. Elle jouait avec l’eau sans le regarder.

 

— Tu sais que Chiméria est gardienne des vœux Pitch ? Tu vois ces gouttes de cristal dans son arantèle brillante ?

 

Soraya marqua un temps d’arrêt et Pitch effleura la toile du regard, très subrepticement, en évitant toujours le regard de l’épeire. Soraya reprit :

 

— Ce sont tous les vœux que les habitants de Sylvaya ont énoncés ici auprès de sa gardienne.

 

— Oui je sais, continua Pitch, et ensuite Chiméria veille à leur réalisation. Elle les transperce de son regard pur, le vœu devient réalité et la goutte se brise…

 

— En un poudroiement de mille lumières qui s’élèvent jusqu’à Rotan, continua-t-elle et Rotan grossit à chaque fois qu’un vœu se réalise.

 

— Quel est ton vœu Soraya ? coupa Pitch plutôt inquiet.

 

Soraya ne répondit pas tout se suite, les yeux fixés sur les ronds dans l’eau. Chiméria scrutait Pitch avec gravité, sans rien attendre, immobile et présente. Le cœur de Pitch recommençait à battre la chamade. Il pressentait que quelque chose de solennel était en cours.

 

— Quel est ton vœu Soraya ? répéta-t-il d’une voix tremblante ne dissimulant plus son inquiétude.

 

— Je suis prête pour nos épousailles Pitch, je veux me marier avec toi. Je veux que notre amour soit gardé par Chiméria et inscrit dans la lumière de Rotan pour l’éternité.

 

Pitch reçut un choc dans le cœur, sa gorge se noua. Il ne pouvait plus parler. Pitch était amoureux de Soraya depuis toujours mais secrètement. Il n’avait jamais osé le lui avouer. Et voilà qu’elle le demandait en mariage !

 

— Quelle est ta réponse Pitch ? le pressa-t-elle, les yeux rivés sur les petits ronds dans l’eau.

 

Cette fois, Pitch se laissa capter par le regard de l’araignée : il n’avait plus peur, il ressentait une immense paix et une grande joie. Il répondit :

 

— Oui Soraya, je veux que notre union soit proclamée, célébrée et inscrite dans la lumière de Rotan. Une pluie de oui !

 

La lune radieuse brillait au-dessus de leurs têtes. Soraya se leva et se posa devant lui avec majesté. Pitch saisit ses mains graciles. Soraya se tourna alors vers Chiméria et de son doigt délicat, elle déposa une goutte d’eau de la source sur l’arantèle d’argent. Ils prononcèrent leur vœu ensemble.

 

— Que notre union soit proclamée par Chiméria, gardienne des vœux.

 

La croix blanche sur le dos de Chiméria se mit à briller, ses prunelles étincelèrent et la goutte d’eau, au centre de l’arantèle blanche, devint cristal. Le ciel, la toile, la croix de l’épeire, la goutte de cristal, tout s’auréola de lumière. Pitch et Soraya s’embrassèrent.

 

C’est avec enchantement que, le lendemain, la pie nouvellement nommée Diribelle par Feufolin, annonça la nouvelle à tous les habitants de Sylvaya.

 

— Vous savez quoi ? Pitch et Soraya vont se marier au Solstice d’hiver ! J’ai toujours su qu’ils s’aimaient, moi. Nous devons leur préparer un magnifique cadeau, les amis.

 

Trac le pic-vert tapait frénétiquement sur son tronc.

 

— Les mariages, moi, je n’aime pas ça ! L’amour, l’amour, ça me fait peur, c’est dangereux !

 

Et Chut l’écureuil enchaîna :

 

— Voilà une bien bonne nouvelle Diribelle. As-tu une idée pour le cadeau ?

 

Dame rouge-gorge sortit fâchée et annonça :

 

— Oui c’est une bien bonne nouvelle mais ça ne fait pas revenir mes petits. Ils ne sont pas rentrés cette nuit !

 

— Pious ! Youps ! Sacrebleu je les avais oubliés, s’écria Pitch.

 

A ce moment arrivèrent les deux petits rouges-gorges triomphants et terrifiés.

 

— Par les rayons de Rotan, c’est formidable, commença le premier.

 

— Par les rayons de Rotan, c’est affreux, reprit le deuxième.

 

— Alors quoi, c’est formidable ou c’est affreux ? demanda Pitch impatient. Racontez-nous !

 

Pious s’installa sur la plus haute branche et prit la parole :

 

— Nous sommes arrivés quand Mordrabouc ordonnait à Cornioc d’aller arracher le champignon magique dans notre forêt. C’est affreux les amis, ils veulent empêcher la musique de l’aube de

 

Soraya et nous jeter dans les ténèbres.

 

Youps vint s’installer juste à côté et coupa la parole à son frère :

 

— Son rire était terrible, mes amis. Nous étions cachés dans un petit trou du mur d’où nous pouvions tout voir et tout entendre. Il n’y a pas une seule fenêtre au château mes amis, que des meurtrières. Nous avons entrevu les sept nains noirs et je n’ai pas réussi à voir si Mordrabouc avait une ou deux têtes mais sa voix était terrifiante !

 

La maman gonfla la tâche rouge de sa gorge et gronda :

 

— Pourquoi rentrez-vous au nid seulement ce matin ?

 

— Mais maman…, expliqua Pious, hier soir Cornioc est sorti si vite du Château que nous n’avons pas eu le temps de repartir. Il a guetté toute la nuit sur son arbre. Nous avons dû attendre qu’il s’endorme au petit matin pour enfin nous échapper.

 

— Et nous avons dû dormir dans la gueule de Mordrabouc, annonça le deuxième.

 

Maman rouge-gorge ouvrit bec et yeux, grands d’épouvante. Le rouge devint presque noir.

 

— Il veut dire dans une gargouille du château à l’effigie de Mordrabouc !

 

Tout le monde rit sauf Trac qui tremblait de peur à l’idée que les deux petits oiseaux soient allés espionner Mordrabouc chez lui, à Chateaunoir.

 

— Comment allons-nous faire pour protéger le champignon-magique, Pitch ? reprit vite Pious.

 

Feufolin s’avança, tenant soigneusement sa longue barbe dans sa main pour ne pas la salir dans l’humus encore boueux, ce qui lui donnait un air princier.

 

— Ce sampignon ne s’arrassera zamais ! affirma-t-il. Ses racines descendent jusqu’au royaume des nains. Ne soyez donc pas inquiets ! Quant à vous, chers Pious et Youps, ze crois que vous êtes de vrais aventuriers, conclut Feufolin. Ze vous félicite ! Allons, préparons maintenant cette grande cérémonie qui aura lieu dans sept zours exactement.

 

— Pious et Youps, s’écria Pitch, restez tranquilles maintenant et préparez votre plus beau chant pour mon mariage pendant que je m’en vais porter la nouvelle à tous les habitants de Sylvaya.

 

Par mon chapeau de lutin, je vois qu’il fait nuit noire et qu’il est temps mes petits amis d’aller dormir. Je vous raconterai la prochaine fois, pour notre dernier rendez-vous de l’année, la somptueuse cérémonie qui réunit tous les habitants de Sylvaya.
Je vous attends sur ce rocher le soir du Solstice d’hiver. Je tintinnabulerai quelques boules de houx pour vous appeler.
Ensuite, je vous dirai au revoir. Je me retirerai au creux de l’hiver dans mon logis, saperli-peau-de-souris, et j’écrirai avec ma plume de noisetier, à l’encre de coquelicot séché, le grand manuscrit de « Ma Forêt Enchantée ».

 

Perla-saperli-pimpi, de ma plus belle calligraphie, je vous écrirai bien d’autres histoires encore : les aventures de Trac le pic-vert, le voyage de Griotte au Pays des nains, la légende de Feufolin, la naissance des fées et la métamorphose d’Irya le poisson arc-en-ciel. Je vous conterai aussi comment les habitants de Sylvaya déjouèrent les mauvais tours de Cornioc et de Mordrabouc, ainsi que le retour de la licorne.

 

Bien-sûr je tintinnabulerai quelques clochettes de coucou à la sortie de « Ma forêt enchantée », le premier manuscrit de Filipin le lutin, saperli-pimpin-drelin-grelin !

 

 

Texte de Nathalie Valette
Illustration Célia Portail
Copyright Le journal de Fanette et Filipin, exploitation et reproduction interdites

 

 

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Et retrouvez-moi au champ des saisons, dans le Journal de Fanette et Filipin pour d’autres aventures aux allures du lutin-malin ! Perla-pimpin !

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