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Pious et Youps, deux petits rouges-gorges

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Dans ma fôret enchantée

Dans ma fôret enchantée

Perla-saperli-pimpin, la marguerite guettera, le coquelicot coquetera et à la lune brune, poindra malin le nez d’un lutin.

 

L’histoire que je vais vous raconter ce soir, je la tiens de mon grand-père qui la tenait lui-même de mon arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière arrière grand-père… Bon, vous avez compris, cette histoire est vieille comme le monde, vieille comme ce bon vieux rocher de granit sur lequel je suis assis pour vous la raconter, et la voici :

 

Chers petits amis, ouvrez le palais féerique de vos oreilles car Filipin le lutin va vous conter des merveilles…

Pious et Youps, deux petits rouges-gorges

 

Pendant ce temps, Pipelette la pie qui avait repris ses esprits, se mit à raconter partout dans la forêt :

 

— Rho, vous vous rendez compte, maman rouge-gorge vient de quitter son nid pour se dégourdir les ailes et elle a laissé ses deux œufs tout seuls. Ce n’est pas pensable, rho !

 

Ce ragot ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd… enfin, plutôt d’une sourde… Dame coucou, la paresseuse, flemmardait au soleil, haut sur sa branche comme de coutume. Elle se dorait les plumes grassement, papillonnant des paupières sans se soucier de la construction de son nid malgré l’avancement du printemps. Elle sommeillait presque lorsque les cris de Pipelette la réveillèrent.

 

— Quoi ? Maman rouge-gorge a quitté son nid ? Vite, vite, profitons-en ! sursauta Dame coucou.

 

Elle s’envola lourdement jusqu’au grand chêne, là où nichait Madame rouge-gorge. Trac le pic-vert martelait le tronc de bon train.

 

« Bah ! Celui-ci au moins ne me dérangera point ! » pensa-t-elle en regardant en bas, puis à droite, à gauche, et sous les feuilles.

 

— Parfait ! Personne d’autre en vue, faisons vite Coco !

 

Elle s’approcha du nid :

 

— Oh là là ! Quel courage Madame rouge-gorge ! Voyez donc cela : six œufs !!! Elle ne sait donc pas compter la mère Pipelette ?

 

Dame coucou plongea la tête dans le nid, fit délicatement rouler un œuf sur son bec et le poussa par dessus bord :

 

— Et un en moins, un ! fanfaronna-t-elle toute animée.

 

Elle fit de même pour un second :

 

— Et deux en moins, deux !

 

Son excès de joie finit par alerter Chut l’écureuil qui méditait, silencieux, sur la branche du dessus. Il comprit vite ce qui se passait.

 

— Et trois en moins, trois ! Voilà maintenant de la place pour mon Coco !

 

Et Dame coucou s’installa confortablement à l’intérieur du nid. Elle était si grosse qu’elle poussait les rebords avec son ventre et que ses ailes débordaient au dessus du nid. Peu s’en fallait que le nid s’écroule.

 

— Vite, vite, mon Coco avant que quelqu’un ne nous surprenne…, susurra Dame coucou à son œuf. Allez viens Coco, n’aie pas peur, ce toc-toc c’est cet idiot de Trac sur son tronc !

 

Chut l’écureuil était si silencieux que Dame coucou ne le remarqua pas lorsqu’il passa derrière elle. Discrètement il descendit le long du tronc pour secourir les œufs de Madame rouge-gorge.

 

— Ah te voilà enfin mon Coco ! Toi, tu seras courageux ! s’exclama Dame coucou avant de s’envoler, un peu plus légère qu’à l’aller, jusqu’à sa branche sur l’arbre voisin.

 

Elle riait fière d’elle :

 

— Ah ah ah, la mère rouge-gorge n’y verra rien ! Elle est myope comme une taupe de toute façon. Ah ah ah, faut avoir de la ruse quand on n’a pas de courage !

 

En bas de l’arbre, les deux petits œufs étaient tout à fait intacts, pas une rayure, amortis soigneusement sur un beau tapis de mousse. Mais Flûte et corde de luth ! Chut l’écureuil arriva trop tard mes petits amis ! Loufi le loir l’avait devancé et les avait attrapés au moment même où Chut touchait le sol. L’écureuil recula d’un bond effarouché.

 

Deux petits œufs prisonniers au creux de ses griffes, le loir s’adressa à l’écureuil avec un sourire sournois et des yeux de maraudeur, se léchant les babines du troisième qu’il venait de manger:

 

— Ah ah ah, je suis plus rapide que toi mon ami ! J’ai accouru dès que j’ai entendu Pipelette raconter son ragot. Je comptais monter à l’arbre mais la chance est avec moi !

 

L’écureuil racla sa gorge sèche tant il était habituellement silencieux :

 

— Il serait plus sage, mon ami, de laisser ces œufs tranquilles.

 

— Sage, dis-tu ? Ah ah ah, tu t’adresses à Loufi le Loir : je laisse la sagesse au nain de cette forêt ! Moi j’use de la ruse !

 

Chut le regarda silencieusement avec son œil bleu et son œil rouge qui semblaient regarder à l’intérieur des autres. Le loir embarrassé, cessa de rire.

 

— Que dirais-tu plutôt d’un œuf bien gras qui fait quatre fois le volume de ce que tu as dans la main ? reprit l’écureuil.

 

— Quatre fois plus gros ? Tu veux me rouler ?

 

Silence de Chut.

 

— Donne-moi cet œuf si gros que tu le dis et je te rends ces deux avortons. Allez, dépêche-toi avant que je file !

 

Je ne sais pas mes petits amis, comment fit Chut pour ramener aussi vite Coco, lourd comme un coing, dans sa petite poigne.

 

Le loir ouvrit des yeux aussi ronds que ce qu’il voyait là.

 

— Un œuf de coucou ? Je n’en ai jamais vu d’aussi gros ! Mon mets préféré ! C’est si rare et si goûté, donne-moi le vite !

 

L’écureuil le scruta dans un long silence si pesant que le loir céda aussitôt les œufs aux petites taches rouges. Et Chut lui remit, comme promis, le gros Coco.

 

Saperlipopette et bec de chouette, voilà une bonne correction pour cette Dame coucou malapprise et sans gêne !

 

Une fois le troc accompli, le loir se sauva comme un voleur sans le moindre merci. Il s’enfonça dans le trou d’un talus et on ne le revit plus de la journée, bien trop occupé qu’il était à déguster son délicat repas.

 

Chut l’écureuil, tenant les deux petits œufs précieux, regagna le haut de l’arbre. Maman rouge-gorge arriva au moment où il déposait les deux rescapés dans le nid.

 

Elle le regarda suspicieuse :

 

— Que serres-tu donc dans tes menottes ?

 

Je crois bien mes petits amis qu’elle aurait attaqué l’écureuil, le prenant pour un voleur, si Pitch le petit Elfe n’était pas intervenu. Il grimpa à l’arbre aussi agile que Chut et se pressa de lui raconter tout ce qu’il avait vu, caché derrière une vieille souche :

 

— Tu devrais remercier Chut d’avoir sauvé tes œufs, Madame rouge-gorge. Sans lui, à l’heure qu’il est, ils seraient broyés sous les crocs de Loufi.

 

Madame rouge-gorge était horrifiée.

 

Et Griotte tout en bas cria :

 

— Oui c’est vrai ça, Madame Rouge-gorge, j’ai tout vu moi aussi ! Des œufs qui volent sans cape… vos pioupious vont être des aventuriers ! Hi hi hi, un à l’endroit Pious et un à l’envers Youps, ha ha ha !

 

Tout le monde rit de bon cœur.

 

Quelques jours plus tard, deux petits œufs brisèrent leurs coquilles avant les autres, un à l’endroit, et un à l’envers. Maman rouge-gorge les appela Pious et Youps.

 

A peine eurent-ils leurs premières plumes que Pious et Youps, alertes, droits sur leurs pattes, agitèrent leurs petites queues et battirent des ailes au bord du nid.

 

— Je t’attends, dit le premier.

 

— Je suis prêt, répondit le deuxième !

 

Et nos deux aventuriers s’élancèrent dans le vide.

 

— On revient tout à l’heure maman, ne t’inquiète pas.

 

— Faites attention mes petits, il y a bien des dangers dans la forêt, cria maman rouge-gorge.

 

Tandis que Pious et Youps partaient joyeusement à la conquête de l’inconnu, il se préparait un événement important dans les sous-bois et tout le monde avait le cœur en fête …

 

Par mon chapeau de lutin, je vois qu’il fait nuit noire et qu’il est temps mes petits amis de dormir. Je vous raconterai la prochaine fois la grande fête du Solstice d’été qui eut lieu dans la forêt enchantée, avec la magnifique Soraya, la fée du soleil.

 

Je vous donne rendez-vous sur ce rocher à la pleine lune du mois de juin, à l’apogée du Solstice. Je tintinnabulerai quelques petites étoiles de millepertuis pour vous appeler.

 

Douce nuitée, mes chers petits amis, dormez bien, saperli-pimpin!

 

 

Texte de Nathalie Valette

Illustration Célia Portail

Copyright Le journal de Fanette et Filipin, exploitation et reproduction interdites

 

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Et retrouvez-moi au champ des saisons, dans le Journal de Fanette et Filipin pour d’autres aventures aux allures du lutin-malin ! Perla-pimpin !

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