logo

Grognon le hérisson

NewsletterFeuilleter arrow

Dans ma fôret enchantée

Dans ma fôret enchantée

Perla-saperli-pimpin, la marguerite guettera, le coquelicot coquetera et à la pleine lune, poindra malin le nez d’un lutin.

 

L’histoire que je vais vous raconter ce soir, je la tiens de mon grand-père qui la tenait lui-même de mon arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière grand-père, qui la tenait de mon arrière arrière arrière grand-père… Bon, vous avez compris, cette histoire est vieille comme le monde, vieille comme ce bon vieux rocher de granit sur lequel je suis assis pour vous la raconter, et la voici :

 

Chers petits amis, ouvrez le palais féerique de vos oreilles car Filipin le lutin va vous conter des merveilles…

Grognon le hérisson

 

Grognon le hérisson trottinait de bon train dans la forêt. Il déliait hardiment ses petites pattes sous son ventre rond en soufflant.

 

—Et un, et deux, et trois, purée de pois ! Ouf c’est dur quand même ! Allez, tu vas y arriver ! Et un, et deux, et…

 

Il s’écroula par terre à bout de forces, les petites pattes molles comme des queues de cerises.

 

—Purée de groseille, c’est toujours pareil, le bonheur ne dure qu’un temps ! Cette pie m’a menti ! Je n’y arriverai pas, purée de pois bouillis !

 

Grognon ronchonna longtemps le nez dans l’humus.

 

Loufi le loir l’observait, caché derrière un arbre, se régalant d’avance de la bonne farce qu’il lui avait préparée.

 

— Alors Grognon, encore à te plaindre et à rouspéter… Le ciel te serait-il tombé sur la tête ? Mon pauvre! Allez, relève-toi et si tu ne sais pas courir, marche, c’est bon pour la santé la marche à pied. Va par le chemin des Bois Clairs, j’y ai vu des baies de genévrier qui devraient t’intéresser…

 

Le hérisson releva la tête.

 

—Des baies de genévrier ? En gelée, j’adore ça !

 

Il se releva et marcha d’un bon pas dans la direction indiquée par Loufi, tout en continuant à bougonner car il ne savait pas faire autrement :

 

—C’est loin quand même… Je n’y arriverai jamais. J’ai le ventre rond comme un potiron, purée de patates crues. Je ne suis bon qu’à manger des vers de terre à la gelée de genévrier… Mmm, qu’est-ce que c’est bon le ver de terre à la gelée de genévrier !

 

Tout à coup, il mit le pied sur un tapis de feuilles sans fond, et boum badaboum, il atterrit au fond d’un trou, cul par dessus tête. Il essaya de remonter la pente de toute la force de ses petites pattes, mais elle était trop abrupte.

 

— Purée d’épinard, j’ai le coccyx en compote et de la bouillie de limace dans les pattes ! A l’aide ! appela-t-il désespéré au fond de son trou.

 

Loufi le loir s’approcha.

 

— Ne te plains pas mon ami, j’ai mis quelques baies de genévrier dans le trou pour que tu puisses passer l’hiver, railla-t-il en faisant tourner sa longue queue grise et touffue dans les feuilles mortes. Maintenant que j’ai creusé ce grand trou, je mérite bien quelques mois d’hibernation. Quant à toi, de là où tu es, tu peux jurer autant que tu veux sans nous casser les oreilles. Ah ah ah, jureur de boustifaille, au moins maintenant tu sais pourquoi tu râles !

 

Il ouvrit une grande bouche hilare, laissant découvrir six grosses molaires carrées bien jaunâtres. Mais il prit vite la fuite lorsqu’il aperçut le vieux nain qui accourait au loin.

 

Feufolin arriva si précipitamment à l’appel de Grognon qu’il se prit les pieds dans sa barbe, s’étala de tout son long, glissa sur les feuilles mortes comme sur du verglas et s’arrêta juste au bord du trou. Grognon reçut une pluie de feuilles, de terre, de brindilles, et comble de malchance, un caillou sur la tête.

 

—Purée de châtaignes sèches, j’ai la guigne, la guigne je vous dis !!!

 

— Calme-toi voyons Grognon, plus tu zures, plus tu attires les ennuis, voyons…

 

—Ça va être de ma faute maintenant, espèce de nain maladroit, bouillie de cèpe pourri !

 

—Ze suis désolé pour les débris Grognon, ze vais t’aider à sortir de là. Tiens, attrape le bout de Barbisse.

 

Le nain plongea sa longue barbe blanche dans le trou. Grognon l’attrapa avec ses deux petites pattes avant, il s’agrippa et Feufolin à quatre pattes, tira à reculons.

 

—Allez accrosse-toi bien Grognon ! Aïe aïe aïe, ça tire sur le menton quand même !

 

Grognon enfin émergea du trou, tout emberlificoté dans les poils de la barbe de Feufolin.

 

—Ah non ! Ce n’est pas possible ! Cette barbe à caille-lait me souffle le bourrichon, hachis de cornichon !

 

—Reste calme ze te dis. Si tu ne sais pas dire des soses belles, au moins ferme ta bousse, dit doucement Feufolin assis par terre, barbe et hérisson entre les jambes.

 

Grognon se tut, complètement résigné à son sort, et Feufolin put enfin lancer sa formule magique :

 

—Aba barzabar barbaza, z’appelle la zolution qui zolutionne !

 

Et apparut la merveilleuse fée du soleil, Soraya elle-même, belle et rayonnante.

 

— Que puis-je pour ton service, cher Feufolin ?

 

—Veux-tu bien nous démêler, ma petite Zoraya ? demanda Feufolin qui pouvait à peine bouger la tête à cause du hérisson pris dans ses poils.

 

—Avec plaisir Feufolin. As-tu perdu ta langue Grognon ? demanda-t-elle au hérisson qui restait obstinément silencieux, l’œil terne, comme si rien de pire ne pouvait lui arriver dans la vie.

 

Elle lui fit un doux baiser sur le front, entre les deux yeux, là où les poils sont si doux et il sentit une petite spirale de lumière le traverser. Puis elle démêla avec ses longs doigts diaphanes les filaments de Barbiche des pics du hérisson, comme si elle tissait des notes de musique.

 

Le baiser de Soraya fut pétillant comme du jus de Soleil dans la tête de Grognon, dans sa gorge, dans son ventre, dans tout son corps. Il ouvrit les pétales de ses yeux comme une jolie fleur aux aurores.

 

—L’Elixir de Rotan, eau-de-vie du paradis ! Délices à merveilles !

 

Une fois libéré, il se sentit léger et plein d’entrain.

 

—Merci, merci mes amis ! Tu as raison Feufolin, il faut dire des choses belles, jus de Soleil !

 

Et tout l’après-midi il parcourut la forêt comme s’il avait des ailes, faisant voler les feuilles mortes autour de lui, tellement il était heureux.

 

—J’ai bu l’Elixir de Rotan moi aussi, c’est de la tambouille de Bonheur !

 

Depuis ce jour, Grognon devint un bon vivant, un joyeux drille. Toujours heureux et souriant, il cessa de rouspéter, ne prononça plus un seul juron, et de sa bouche ne fleurit plus que des choses belles. Il semblait même que le bout de ses piquants se soit mis à briller comme des pointes de cristal au soleil. Et savez-vous quoi, chers petits amis ? L’empreinte de la spirale resta gravée sur son front et il fut alors appelé Spiron le Hérisson.

 

Cet après-midi là, son ami Tracassin le marcassin qui s’était perdu dans la forêt, ne le reconnut pas lorsqu’il le croisa…

 

Par mon chapeau de lutin, je vois qu’il fait nuit noire et qu’il est temps mes petits amis d’aller dormir.

 

Je vous raconterai la prochaine fois comment Tracassin le marcassin retrouva sa route avant que Robustin son papa ne se réveille.

 

Je vous donne rendez-vous sur ce rocher à la lune brune du mois d’octobre. Je tintinnabulerai quelques boules de vieux lierre pour vous appeler.

 

Texte de Nathalie Valette
Illustration Célia Portail
Copyright Le journal de Fanette et Filipin, exploitation et reproduction interdites

 

**********

 

Pour ne pas manquer la prochaine histoire, inscrivez-vous à la newsletter !

 

Pour une lecture plus facile et plus conviviale de ces récits, imprimez-les et collez-les dans un grand cahier que les enfants pourront illustrer.

 

Et retrouvez-moi au champ des saisons, dans le Journal de Fanette et Filipin pour d’autres aventures aux allures du lutin-malin ! Perla-pimpin !

Télécharger l'histoire
newsletter

S'inscrire à la newsletter

S'inscrire à la newsletter

Chers parents, si vous souhaitez recevoir des nouvelles de Fanette et Filipin, inscrivez-vous !